dimanche 22 février 2009

Les fugitifs


Installation & scénographie : Odile du Mazaubrun
Odile du Mazaubrun

Un pont entre les mondes

De minces tiges de bambou suspendues au-dessus du vide. Un paysage abstrait. Simplifiées, esquissées, réduites à leurs attitudes des femmes portent des emballages plastiques vides, des enfants, un vieillard hésite. Dans une tension extrême, « les fugitifs » avancent sur un chemin incertain. Que fuient ces êtres ? Vers où se dirige ce flot sans origine ni fin, sans passé ni avenir, sur une passerelle fragile, au-dessus du néant ?

Nous connaissons bien sûr ces corps trop souvent présents sur nos écrans. Réfugiés, victimes, ombres incertaines. Alors, que nous apporte cette œuvre par rapport aux images de réfugiés devenues les icônes récurrentes de toutes les guerres ?

Silhouettes fugitives contraintes d’avancer sur un chemin fragile, visages indistincts, possessions réduites à quelques emballages vides, victimes absurdes de violences récurrentes, ces êtres n’ont pour autant pas perdu leur dignité et leur individualité. Dépouillés de leurs biens, séparés des leurs, emportés par la violence, niés dans leurs identités, apparemment réduits à quelques débris de plastiques assemblés, ils conservent dans leurs postures comme dans leur mouvement d'ensemble une véritable dignité.

Par la seule force de leurs attitudes saisies dans un mouvement tout à la fois collectif et profondément individuel, cette œuvre épurée nous donne à voir leur détresse, mais surtout nous confronte à leur humanité.

Bruno Puyraimond

mardi 16 septembre 2008

L'armée des femmes



Installation : Odile du Mazaubrun
Odile du Mazaubrun

Galerie "Canal Pictures & Art"
4, impasse chausson 75010 PARIS
du 16 au 28 septembre 2008

Un instant de légerté

L'armée des femmes est une œuvre délicate peuplée de personnages diaphanes. Soixante-quatre figures de taille moyenne avancent dans un espace peuplé d'éclats d'ombre et de lumière. Le mouvement accentue ce sentiment d'immatérialité. Sans ordre apparent les figures convergent en un mouvement concerté vers un but imperceptible.

Pourtant, ce sentiment de légèreté se dissipe rapidement. Les silhouettes fragiles ploient sous le poids de charges disproportionnées. Un monde pèse sur les épaules de ces femmes. Un monde de sacs, de paniers, de ballots, d'enfants. Un monde de soucis des autres, de traditions, de coutumes, d'oubli de soi.

Au travers de ces figures résonne l'écho lointain et malicieux des soldats de Xi'an, ces personnages de terre cuite ultime garde du premier empereur Qin. Mais cette armée de femmes ne garde rien, ne défend rien. Aucune posture martiale n'altère le naturel des attitudes, la tension des corps. Les matériaux qui la composent ne prétendent pas à l'éternité. Elles se rassemblent en un flot calme et pacifique. Ni amazones, ni bacchantes, c'est une armée solaire dont le mouvement épouse la marche du monde.

Pourquoi cette œuvre nous happe-t-elle ? Peut-être dans cette façon de transformer le poids des êtres et des choses en mouvement, l'obscurité en lumière, le hiératisme en facétie, l'éternité en instant, l'artifice en jeu, le fardeau des coutumes et des traditions en grâce. Ces femmes portent notre monde sans résignation avec élégance et légèreté.

Bruno Puyraimond

dimanche 12 février 2006

Odile du Mazaubrun



La joie d'être

Ce qui surprend le premier regard, c'est la diversité des formes et des techniques. Tableaux, bandes dessinées, poupées votives, travail en volume… Les œuvres sont suspendues à des tiges d'acier, posées sur des supports instables, détachées des murs par de minces baguettes ou des fils de fer. Chaque thème est l'occasion d'inventions formelles surprenantes, de mises en espace et en lumière inattendues.

Mais plus fascinantes encore sont la simplification et la justesse des attitudes. Quelle que soit la richesse du dispositif, les formes sont travaillées, polies, simplifiées à l'extrême. Pourtant il ne s'agit pas transmettre l'essence d'une attitude ou d'une situation. L'artiste ne dédaigne pas l'anecdote. Il s'agit de libérer la scène de tout ce qui ne procède pas du regard de l'artiste. Créer une situation où la forme, le lieu, l'attitude ou l'anecdote représentées emplissent totalement la perception.

Nous ne sommes pas dans une logique de représentation, mais de transmission. Dans une mise en situation aussi sophistiquée qu'économe, l'artiste nous fait partager les conditions de sa propre perception afin de nous transmettre la totalité de son émerveillement face à une attitude, une lumière, une couleur.

Quelques fragments de plastique et de couleurs suffisent à nous retransmettre l'intégralité d'un instant de stupéfaction, à restituer un sentiment d'étrangeté absolue face à une scène apparemment ordinaire, à transmettre l'essence d'un regard interrogateur du quotidien.

Bruno Puyraimond